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Un bébé ne parle pas encore… mais il communique déjà

Un bébé ne parle pas encore… mais il communique déjà

Elisabeth Gros
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Mes articles

Un bébé ne parle pas encore… mais il communique déjà

Avant même ses premiers mots, un bébé communique déjà beaucoup.

Un regard qui s’attarde, un visage qui se détourne, un mouvement du corps, un sourire, un changement de rythme, un son, un pleur… Autant de façons d’entrer en relation avec son entourage.

Le langage verbal viendra progressivement. Mais le lien, lui, commence bien avant.

Alors, comment écouter un bébé lorsqu’il ne peut pas encore nous expliquer ce qu’il ressent, ce dont il a besoin ou ce qu’il vit ?

Et quelle place peut trouver la communication intuitive dans cette écoute ?

Avant les mots, il y a déjà une relation

Nous avons parfois tendance à associer communication et langage.

Pourtant, les premières interactions entre un bébé et les adultes qui l’entourent reposent largement sur d’autres formes d’échanges : le regard, les expressions du visage, les mouvements, les vocalisations, le toucher, les intonations, les rythmes et la proximité.

L’Organisation mondiale de la santé parle ainsi de « soins attentifs » : il s’agit notamment de savoir repérer les signaux du jeune enfant, les comprendre et y répondre de manière adaptée. Ces interactions sensibles et répétées participent à la construction du lien, aux apprentissages précoces et au développement de l’enfant.

Un bébé qui regarde son parent, qui gazouille et reçoit une réponse entre déjà dans une forme de conversation.

Il émet un signal.

L’adulte répond.

Le bébé réagit à son tour.

Ces échanges de va-et-vient, parfois appelés « serve and return », sont considérés comme importants pour le développement des compétences sociales et de communication.

La communication est donc bien présente avant que les phrases apparaissent.

Apprendre à connaître son bébé

Chaque bébé est différent.

Avec le temps, les parents apprennent à reconnaître certaines particularités : la façon dont leur enfant pleure lorsqu’il a faim, son comportement lorsqu’il commence à être fatigué, les moments où il recherche davantage de contact ou, au contraire, ceux où il a besoin de calme.

Ce « langage » propre à chaque enfant se découvre progressivement.

Il ne s’agit pas toujours d’une lecture exacte et immédiate. Les signaux peuvent être ambigus, se superposer ou changer avec l’âge et le contexte.

Les pleurs, par exemple, peuvent traduire différents besoins ou états, et il n’est pas toujours possible d’en déterminer immédiatement la cause.

L’American Academy of Pediatrics rappelle d’ailleurs que tous les bébés pleurent et que certains épisodes peuvent survenir sans raison évidente pour les parents.

C’est là que l’observation prend toute son importance :

Regarder,

Écouter,

Ressentir.

Et surtout, apprendre à connaître cet enfant particulier, plutôt que de chercher une signification universelle à chacun de ses comportements.

Écouter sans projeter

Lorsqu’un bébé ne parle pas encore, il peut être tentant pour son entourage de chercher à deviner ce qu’il pense ou ce qu’il ressent.

Cette envie est profondément humaine.

Mais écouter véritablement suppose aussi de laisser une place à ce que nous ne savons pas.

C’est une dimension essentielle de ma manière d’aborder la communication intuitive.

Lorsque j’entre en communication avec un bébé, je ne cherche pas à lui faire dire ce que les adultes autour de lui aimeraient entendre.

Je cherche à être présente et réceptive à ce qui se présente dans l’échange.

Cette distinction est importante.

Nos propres attentes, nos inquiétudes, nos projections peuvent facilement influencer notre manière de percevoir une situation.

Les travaux sur les interactions précoces insistent eux aussi sur l’importance, pour l’adulte, d’être attentif aux signaux de l’enfant sans les déformer par ses propres attentes ou interprétations.

Pour moi, la communication intuitive commence donc par une qualité de présence.

Avant de chercher une réponse, il y a l’écoute.

La communication intuitive avec un bébé

Dans ma pratique, la communication intuitive ouvre un espace d’écoute différent.

Le bébé n’a pas encore accès au langage verbal comme moyen principal d’expression. Pourtant, il peut être possible, dans le cadre d'une séance, d'accueillir des ressentis, des images, des mots, des sensations ou des informations qui se présentent intuitivement.

Ce qui est transmis appartient alors à cet échange particulier.

Je le considère comme une matière à accueillir avec discernement, et non comme une vérité qui s'impose à la famille.

C’est une nuance qui me semble fondamentale.

Une communication intuitive ne doit pas enfermer un enfant dans une interprétation.

Elle ne remplace pas l’observation attentive des parents, l’écoute du bébé dans son quotidien, ni les compétences des professionnels de santé lorsqu’une question médicale ou développementale se pose.

Elle peut simplement ouvrir un autre espace de compréhension et de relation.

Pourquoi les parents viennent-ils à moi pour une séance?

Les demandes peuvent être très différentes.

Parfois, les parents ressentent qu’un changement s’est produit dans la vie de leur bébé et cherchent à mieux comprendre ce qu’il traverse.

Parfois, ils souhaitent mettre davantage de sens sur certains comportements ou certaines réactions.

Il peut aussi y avoir une période de transition : arrivée d’un frère ou d’une sœur, changement de lieu de vie, séparation, entrée en collectivité, événement familial ou autre bouleversement du quotidien.

Et parfois, la demande est beaucoup plus simple :

« J’aimerais savoir comment il va. »

Derrière cette phrase, il y a souvent quelque chose de très humain : le désir de mieux rencontrer son enfant.

De mieux le comprendre.

De lui laisser une place.

Écouter un bébé, c’est aussi ralentir

Dans nos vies souvent très rythmées, nous cherchons facilement des réponses rapides.

Pourquoi pleure-t-il ?

Pourquoi dort-il moins ?

Pourquoi réagit-il ainsi ?

Que veut-il ?

Mais certaines réponses apparaissent avec le temps.

Observer un bébé demande parfois simplement de ralentir suffisamment pour remarquer ce qui se passe.

Son regard.

Sa respiration.

Son tonus.

Ses mouvements.

Ses réactions lorsque nous nous approchons.

Ce qui l’attire.

Ce qui semble le fatiguer.

Ce qui l’apaise.

Cette attention quotidienne constitue déjà une forme profonde de communication.

L’OMS souligne d’ailleurs l’importance, pour les adultes qui s’occupent des jeunes enfants, de remarquer leurs signaux et d’y répondre de façon appropriée. Ces interactions contribuent notamment au sentiment de sécurité, aux relations sociales et aux apprentissages précoces.

Une autre façon de rencontrer son enfant

La communication intuitive peut alors être envisagée non pas comme une manière de « faire parler » un bébé, mais comme une invitation à élargir notre manière d’écouter.

C’est peut-être là que se situe l’essentiel.

Lorsque nous acceptons qu’une relation puisse exister au-delà des mots, nous devenons plus attentifs à ce qui se joue dans l’instant.

Nous pouvons aussi découvrir que notre enfant n’est pas simplement un petit être à protéger, nourrir et accompagner dans son développement.

C’est déjà une personne singulière.

Avec son tempérament.

Sa sensibilité.

Ses préférences.

Sa manière d’être au monde.

Et plus nous apprenons à le rencontrer comme un être à part entière, plus notre relation peut évoluer.

Une écoute qui reste ouverte

Je crois profondément que l’écoute intuitive demande autant de présence que d’humilité.

Présence pour accueillir ce qui vient.

Humilité pour reconnaître que nous pouvons nous tromper.

Discernement pour ne pas transformer une perception en certitude.

Et respect pour laisser à chacun — y compris au tout-petit — sa propre place.

La communication intuitive ne consiste pas, pour moi, à apporter des réponses définitives à toutes les questions.

Elle ouvre plutôt un espace.

Un espace où l’on peut prendre le temps d’écouter autrement.

Où l’on peut parfois découvrir une information nouvelle, un ressenti inattendu, une autre manière de regarder son enfant.

Et où les parents peuvent aussi être invités à faire davantage confiance à leur propre capacité d’observation et de présence.

Avant de parler, un bébé est déjà en lien

Les premiers mots ne marquent donc pas le début de la communication.

Ils représentent une nouvelle étape dans une histoire qui a commencé bien avant.

Avant « maman », « papa », « encore » ou « donne », il y avait déjà des regards, des sons, des mouvements, des silences, des contacts et des réponses.

Il y avait déjà cette rencontre entre deux êtres.

La communication intuitive s’inscrit, pour moi, dans cette continuité : écouter ce qui se vit au-delà de la parole, sans chercher à remplacer les autres formes de communication.

Parce qu’un bébé n’a pas besoin de savoir parler pour avoir quelque chose à exprimer.

Et peut-être qu’en réapprenant à écouter autrement, nous découvrons aussi que la communication a toujours été beaucoup plus vaste que les mots.

Réapprendre à écouter le vivant, c’est aussi apprendre à rencontrer l’autre là où il est, avec sa manière singulière d’être au monde.